Les soins d'oreille, l'eau en général et la piscine en particulier

Ce qu'il faut comprendre :

Le conduit auditif externe qui s’étend du pavillon de l’oreille jusqu'au tympan à une particularité unique dans tout l’organisme : c’est le seul endroit où la peau est rigoureusement collée contre l’os de telle sorte qu’elle ne peut pas glisser, ne serait-ce que d’un millimètre, ce qui est le cas en tout autre point de notre corps. Cela lui confère une fragilité extrême aux infections. Sur l’ensemble de notre corps, des glandes sébacées sécrètent le sébum, substance qui lubrifie la peau et la protège, dans une certaine mesure, contre les infections. La peau du conduit auditif très mince et collée sur l’os avait besoin d’un lubrifiant spécial pour la protéger. La nature qui est bien faite a donc placé à l’entrée du conduit auditif des glandes cérumineuses qui sécrètent une substance bien plus épaisse et plus grasse que le sébum : le cérumen. Ce cérumen a donc plusieurs fonctions :

  • il protège la peau du conduit de l’hydratation due à une éventuelle pénétration d’eau
  • il constitue une barrière efficace contre la pénétration des germes dans la peau
  • sa consistance lui confère des qualités acoustiques voisines de la colophane utilisée par les violonistes



Quelles conclusions tirer de tout cela ?

1. Que le cérumen est une substance utile
2. Que les nettoyages trop fréquents et trop appuyés peuvent engendrer bien des désagréments :

  • le plus fréquent est de repousser le cérumen contre le tympan avec pour conséquence immédiate une sensation d’oreille complètement bouchée
  • plus graves sont les nettoyages qui décapent complètement le conduit auditif ; la peau ainsi mise à nu réagit en s’eczématisant, l’oreille commence par démanger puis elle produit de fines pellicules qui ne demanderont qu’à s’infecter à la première irruption d’eau dans l’oreille, déclenchant des otites externes horriblement douloureuses
  • sans compter les possibilités de blessures tympaniques dues à un mouvement maladroit



Est-ce à dire qu’il ne faut jamais nettoyer les oreilles ? Que toute personne qui se baignera contractera une otite externe? Certes non, mais des règles simples sont à observer :



Alors, que faire ?

Tout d’abord osons une boutade : "l'oreille, c’est comme les fours, c’est autonettoyant". Effectivement, le cérumen est progressivement évacué vers l’extérieur, mais il s’accumule à l’entrée du conduit auditif, alors ne culpabilisons pas tous les utilisateurs de cotons-tiges ! On peut et on doit nettoyer l’orifice du conduit auditif externe. MAIS IL NE FAUT PAS ALLER TROP PROFOND ET SURTOUT NE PAS ENFONCER ! Pour cela, les cotons-tiges du commerce sont le plus souvent trop gros ; il vaut mieux en faire un soi-même, en montant, par exemple, un petit coton sur une allumette. Il suffit alors de ramener vers l’extérieur l'excédent de cérumen. Encore ne faut-il pas répéter cette manoeuvre trop souvent. Chaque jour, comme le font certains, est une hérésie. Une fois par semaine pour une sécrétion abondante peut se concevoir. Mais dans la majorité des cas, une fois par mois est suffisante. Par contre, au quotidien, l’index coiffé d’une serviette de toilette fine est certainement la meilleure façon d’avoir un conduit et un pavillon d’oreille impeccables.

Après le bain, la douche, et surtout la piscine, il faut donc impérativement sécher le conduit auditif avec la serviette éponge, d’abord en inclinant bien la tête sur le côté pour faciliter l’écoulement de l’eau puis, surtout pour les sujets à risque, en faisant buvard avec un petit kleenex que l’on aura effilé pour qu’il s’introduise facilement à l’entrée du conduit auditif.

Parfois, surtout après les longues baignades d’été, lorsque l’oreille commence à être légèrement douloureuse, on pourra instiller quelques gouttes d’alcool à 70°, ce qui a l’avantage de bien assécher l’oreille et de la désinfecter.

Par contre, lorsque l’otite externe sera constituée, un traitement antibiotique et des soins locaux attentifs seront le plus souvent nécessaires.



Qu'est-ce qu'une otite externe ?

C’est l’infection de la peau du conduit auditif qui devient rouge et enfle. Mais elle ne peut enfler démesurément car, comme nous l’avons déjà dit, elle est collée sur un os qui ne peut se déformer. La douleur devient alors extrêmement intense, parfois intolérable, nécessitant des calmants puissants. Le conduit se referme presque complètement. Les antibiotiques viseront à être efficaces sur les deux germes les plus fréquents de l’otite externe qui sont les staphylocoques dorés et le redoutable pyocyanique. Il peut arriver que d’autres germes présents dans les eaux polluées se développent dans le conduit. Parfois même ce sera un champignon (!) qui se présentera comme une moisissure noirâtre dans le conduit.

Simultanément, le spécialiste tentera avec une extrême douceur de nettoyer le conduit et d’y introduire une mèche imprégnée d’antibiotiques, éventuellement d'antifongiques et d'anti-inflammatoires.

Une fois la guérison obtenue, il faut savoir que ces microbes ne disparaissent jamais complètement, encore moins les champignons. Ils survivent en très petit nombre et ne demanderont qu’a re-proliférer lorsque des conditions favorables, c’est à dire une humidité, se présenteront à nouveau. Cela explique le caractère particulièrement récidivant ce ces otites.

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